I. CAPTIVER LES MASSES
« A Hollywood, tout est propre. Ils ne jettent pas
leurs ordures, ils en font des émissions de télévision. »
Cette boutade d'un personnage de Woody Allen dit
bien, à sa manière, l'amertume de ceux qui n'ont pas
renoncé au rêve d'un art émancipateur, lorsqu'ils
constatent la puissance dévastatrice dont peut se
charger la culture de masse. Intervenue au début du
XXe siècle, l'extension aux oeuvres de l'esprit du mode
de production industriel a représenté un bouleversement
majeur.
Si, dans les marges de ce système, des formes
originales subsistent ou s'inventent, cette culture
globalisée est elle-même diverse et traversée de
contradictions. Une oeuvre de fiction ne se prête à la
standardisation que jusqu'à un certain point. La
stratégie hollywoodienne visant à ratisser le plus
large possible a ainsi abouti à des productions d'une
telle fadeur qu'elle a provoqué la fuite des
scénaristes les plus talentueux vers la télévision,
pour laquelle ils ont imaginé des séries d'une
indéniable qualité. Les individus constituant les
rouages de cette machine conservent une marge de
manoeuvre qui peut les amener aussi bien à cautionner le
nivellement par le bas qu'à y déposer les oeufs de
coucou d'une vraie créativité.
Les ambitions hégémoniques de cette industrie appellent
des analyses lucides ; mais sa pénétration dans toutes
les sphères de la société ne permet plus de se
satisfaire d'une position « de surplomb ». Pour faire
mouche, la critique doit se fonder sur une connaissance
en profondeur de son fonctionnement, comme des
pratiques auxquelles elle donne lieu.
« A Hollywood, tout est propre. Ils ne jettent pas
leurs ordures, ils en font des émissions de télévision. »
Cette boutade d'un personnage de Woody Allen dit
bien, à sa manière, l'amertume de ceux qui n'ont pas
renoncé au rêve d'un art émancipateur, lorsqu'ils
constatent la puissance dévastatrice dont peut se
charger la culture de masse. Intervenue au début du
XXe siècle, l'extension aux oeuvres de l'esprit du mode
de production industriel a représenté un bouleversement
majeur.
Si, dans les marges de ce système, des formes
originales subsistent ou s'inventent, cette culture
globalisée est elle-même diverse et traversée de
contradictions. Une oeuvre de fiction ne se prête à la
standardisation que jusqu'à un certain point. La
stratégie hollywoodienne visant à ratisser le plus
large possible a ainsi abouti à des productions d'une
telle fadeur qu'elle a provoqué la fuite des
scénaristes les plus talentueux vers la télévision,
pour laquelle ils ont imaginé des séries d'une
indéniable qualité. Les individus constituant les
rouages de cette machine conservent une marge de
manoeuvre qui peut les amener aussi bien à cautionner le
nivellement par le bas qu'à y déposer les oeufs de
coucou d'une vraie créativité.
Les ambitions hégémoniques de cette industrie appellent
des analyses lucides ; mais sa pénétration dans toutes
les sphères de la société ne permet plus de se
satisfaire d'une position « de surplomb ». Pour faire
mouche, la critique doit se fonder sur une connaissance
en profondeur de son fonctionnement, comme des
pratiques auxquelles elle donne lieu.
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