vendredi 16 novembre 2007

CAPTIVER LES MASSES

I. CAPTIVER LES MASSES

    « A Hollywood, tout est propre. Ils ne jettent pas
    leurs ordures, ils en font des émissions de télévision. »
    Cette boutade d'un personnage de Woody Allen dit
    bien, à sa manière, l'amertume de ceux qui n'ont pas
    renoncé au rêve d'un art émancipateur, lorsqu'ils
    constatent la puissance dévastatrice dont peut se
    charger la culture de masse. Intervenue au début du
    XXe siècle, l'extension aux oeuvres de l'esprit du mode
    de production industriel a représenté un bouleversement
    majeur.

    Si, dans les marges de ce système, des formes
    originales subsistent ou s'inventent, cette culture
    globalisée est elle-même diverse et traversée de
    contradictions. Une oeuvre de fiction ne se prête à la
    standardisation que jusqu'à un certain point. La
    stratégie hollywoodienne visant à ratisser le plus
    large possible a ainsi abouti à des productions d'une
    telle fadeur qu'elle a provoqué la fuite des
    scénaristes les plus talentueux vers la télévision,
    pour laquelle ils ont imaginé des séries d'une
    indéniable qualité. Les individus constituant les
    rouages de cette machine conservent une marge de
    manoeuvre qui peut les amener aussi bien à cautionner le
    nivellement par le bas qu'à y déposer les oeufs de
    coucou d'une vraie créativité.

    Les ambitions hégémoniques de cette industrie appellent
    des analyses lucides ; mais sa pénétration dans toutes
    les sphères de la société ne permet plus de se
    satisfaire d'une position « de surplomb ». Pour faire
    mouche, la critique doit se fonder sur une connaissance
    en profondeur de son fonctionnement, comme des
    pratiques auxquelles elle donne lieu.


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